mer.

31

mars

2010

Chataigner: « Cette situation m’affecte ! »

MT (Madagascar Tribune - Basy Vava): SEM. l’Ambassadeur, votre bilan de cette année assez mouvementée?

SEM Ambassadeur JMC: Je dirai que le bilan de 2009 est plutôt un bilan teinté d’inquiétude, de préoccupations que je partage avec les malgaches qui souffrent de cette crise qui dure maintenant depuis un an. Cette situation m’affecte. Et puis de l’autre, un bilan un peu plus positif, parce que je suis très heureux d’avoir pu tisser des contacts, des relations humaines avec des Malgaches de tous les milieux, de toutes les mouvances politiques, de toutes les origines sociales. Je suis très ému par la qualité des échanges intellectuel et humain que j’ai avec la population malgache. Vous avez un peuple extraordinaire.

MT : La position de la France a été plus ou moins ambiguë, durant cette crise. L’on sait que la France a été le premier pays à dénoncer le coup d’Etat de mars 2009, en même temps vous etiez assez prompt à présenter votre lettre de créance au lendemain des négociations d’Addis-Abeba. Que doit-on en penser ?

SEM JMC : j’ai répété plusieurs fois, depuis mon arrivée que la position de la France est claire et transparente. Nous sommes pour l’établissement d’un ordre constitutionnel, démocratique et durable à Madagascar. Nous sommes pour l’organisation d’élections qui permettent à chacun de concourir sur la scène électorale et qui permettent aux citoyens malgaches de véritablement choisir leurs dirigeants, ainsi que de vivre dans le cadre démocratique le plus stable possible pour que le pays puisse effectivement se développer.

MT : Politiquement, quelle est votre stratégie de coopération avec Madagascar. Ne serait-ce que dans la recherche de sortie de crise ?

SEM JMC : Nous sommes très clairement pour la mi se en place d’une solution de crise véritablement consensuelle. Et j’appelle tous les acteurs politiques, toutes les mouvances politiques à reprendre le chemin des discussions, des négociations pour effectivement mettre en place une solution qui puisse être acceptable par tous. Je constate qu’il y a des points de désaccord et des points d’accord entre les uns et les autres. Il faut que les points d’accord l’emportent. Quand j’ai lu l’interview de Fetison, par exemple, qui dit que « Andry Rajoelina est bel et bien le président de la transition, nous le reconnaissons », je pense que c’est un pas important. Quand j’entends parler les uns et les autres de la nécessité d’avoir des élections rapidement, je m’en réjouis. Je crois qu’il est temps que tout le monde reprenne le chemin des discussions, avec l’appui des médiateurs internationaux, et notamment de l’Union Africaine.

MT : Avez-vous alor s une nouvelle politique de coopération ?

SEM JMC : N o u s n e sommes pas actuellement dans une phase de redéfinition ou de renégociation de notre politique de coopération avec Madagascar. Cela ne pourra se faire que lorsqu’il y aura un gouvernement légitimement et démocratiquement élu.

MT : Est-ce que la France suivra les décisions de l’Union Africaine dans l’application des sanctions à l’endroit des 109 membres de la HAT ?

SEM JMC : Nous avons pris note des sanctions de l’Union Africaine. Nous respectons cette prise de décision par l’Union Africaine qui est en droit de prendre cette décision. Néanmoins nous pensons pour notre part qu’il convient maintenant de travailler sur le résultat final, sur un accord aussi consensuel que possible. La priorité est vraiment de travailler à la solution de la crise. C’est vraiment ça qui est très important. Que toutes les mouvances laissent un peu de côté leurs a-prioris, leurs egos et que chacun discute de bonne foi. Et là j’en appelle à la responsabilité des uns et des autres pour aller sur ce chemin et pour trouver une solution pour le peuple malgache.

MT : Est-ce que la France continuera toujours dans sa lancée à aider Madagascar ?

SEM JMC : Les relations entre la France et Madagascar sont des relations anciennes, elles ont connu des hauts et des bas, mais je crois qu’à travers toute notre histoire nous avons poursuivi une relation d’amitié et de respect mutuel dans laquelle nous sommes devenus des partenaires. La relation entre la France et Madagascar ne va pas s’arrêter demain, elle va se poursuivre, et nous devons continuer à essayer de l’améliorer, de l’approfondir et de l’ouvrir. Notre souhait profond, c’est que Madagascar s’ouvre le plus possible aux investissements étrangers, tels les investissements américains, chinois, africains. Le voeu de la France est que Madagascar se développe. Parce que nous avons intérêt à ce que Madagascar soit un pays stable, démocratique, pour la paix et la stabilité de la région. Le développement de relations régionales entre Madagascar, La Réunion, Mayotte , Maurice et les Comores ne peut que bénéficier à tous afin que cette région de l’Océan Indien soit un espace dynamique avec une forte croissance économique.

MT : La position de la France par rapport aux élections organisées incessamment par la HAT ?

SEM JMC : Dans le cadre actuel, la France ne pourra participer à l’appui à l’organisation ou au financement de ces élections que lorsque tout le monde sera bien d’accord sur leur date. Tout le monde doit pouvoir y participer. Nous sommes plutôt partisans d’élections rapides, car il nous semble que c’est quelque chose qui peut aider à dénouer plus rapidement la crise. Néanmoins, il faut que ces élections soient organisées de façon consensuelle.

MT : Dernièrement, le secrétaire général de l’OIF avait suggéré de « donner la parole au peuple pour trancher à cette crise qui perdure et la France ? A-t-elle un mandat autre que culturel ?

SEM JMC : L’OIF, comme vous le savez, est une organisation internationale qui a un certain mandat culturel mais qui a aussi un mandat politique. L’OIF a participé, à travers le PM Edem Kodjo, aux efforts de médiation internationale, donc elle est tout à fait dans son droit et sa légitimité à se prononcer. Je n’ai pas pour ma part à commenter les positions des uns et des autres, car je crois que nous travaillons tous dans le même sens, c’est-à-dire le rétablissement de l’ordre constitutionnel démocratique. Nous avons tous en commun cet objectif. Parfois on cherche un peu à instrumentaliser les positions des membres du GIC mais je crois qu’au sein de celui-ci nous partageons tout à fait le même objectif. Cet objectif, c’est l’organisation d’élections démocratiques dont les résultats puissent être acceptés par tous.

MT : Les intérêts économiques français se sentent-ils menacés ?

SEM JMC : La situation économique actuelle est malheureusement atone et n’est pas de nature à entériner l’arrivée de nouveaux investisseurs. Je ne constate pas non plus de départ massif d’investisseurs français ou étrangers. Je vois une grande solidarité du milieu économique français et étranger pour Madagascar. Les gens veulent rester pour continuer à travailler à Madagascar. Cependant il est vrai que la relance économique ne pourra passer que par une solution de crise durable et pérenne qui rassure les investisseurs sur l’avenir de la Grande île.

MT : Vous continuez donc à débloquer de l’argent en faveur de Madagascar ?

SEM JMC : Qu’entendezvous par « débloquer » ?

MT : Financements ou crédits…

SEM JMC : Pour être très clair et très transparent, depuis la crise, même un peu avant la crise depuis les affaires de détournements qui avaient été relevées par le FMI, en décembre 2008, nous avons arrêté notre aide budgétaire à l’Etat malgache. Par contre, nous continuons à financer les projets en matière sociale, d’éducation, de santé, de développement rural pour le bénéfice de la population. Pour nous, cette solidarité est essentielle. Nous travaillons donc de plus en plus, d’une part avec les différentes ONG internationales et malgaches, notamment dans le domaine humanitaire. Nous finançons aussi des projets pour appuyer le secteur privé. Ce sont vraiment deux axes de coopération que nous essayons de développer beaucoup en ce moment, mais tout cela ne passe pas du tout par des aides financières à l’Etat malgache. S’il devait y avoir à nouveau des aides budgétaires à l’Etat, ce serait dans un cadre de sortie de crise avec une approbation financière faite par la communauté internationale. Et c’est uniquement dans ce cadre internationalement agréé que nous pourrions reprendre une coopération financière.

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